Les invités de 2011
Le Président du FIG - Edem Kodjo
Edem Kodjo
Edem Kodjo est le président du Festival International de Géographie 2011. Natif de Sokodé au centre du Togo, il a exercé de très importantes responsabilités politiques dans son pays et à l’échelle de toute l’Afrique. Il a été gouverneur du Fonds monétaire international de 1967 à 1973 et secrétaire général de l’Organisation de l’Unité Africaine de 1971 à 1983. Démocrate convaincu, il s’est opposé à la dictature du général Eyadema et s’est exilé en France où il avait fait ses études et notamment décroché le diplôme de l’ENA. Edem Kodjo revient sur la scène politique togolaise en 1990 à la faveur de l’ouverture démocratique décidée par le pouvoir. Après sa victoire aux législatives de 1994, il est nommé Premier ministre et le sera jusqu’en 1996. Créateur d’un parti unitaire pluraliste, la Convergence patriotique panafricaine, il redevient Premier ministre de son pays en 2005, rétablissant le calme suite aux troubles survenues après la mort d’Eyadema. Son statut de «sage du continent africain» l’a amené à être choisi comme médiateur dans nombre de conflits inter-africains à Madagascar, en Côte d’Ivoire, ou en Guinée. Aujourd’hui, après avoir été ministre d’Etat à la présidence togolaise, il s’est retiré de la vie politique pour laisser la place aux jeunes générations. Professeur de patrologie à l’Université Saint-Paul de Lomé depuis près de 5 ans, il a publié un travail sur les Pères de l’Eglise et l’élaboration de doctrines chrétiennes de la fin du 1er siècle au Ve siècle. Ecrivain et essayiste, il est l’auteur d’un bon roman en forme de parabole implacable sur le temps présent (Au commencement était le glaive, éditions La Table Ronde). Avec sa Lettre ouverte à l’Afrique cinquantenaire (éditions Gallimard), il reste fidèle à son grand oeuvre Et demain l’Afrique (1985) plaidant pour une place plus conséquente de l’Afrique dans la conjoncture internationale. Chaque fois qu’il le peut, Edem Kodjo réaffirme sa foi en l’unité africaine qu’il s’applique à promouvoir en toutes circonstances. Le livre est un «grand cri nègre» (comme le disait Aimé Césaire) pour le réveil de l’Afrique. En substance, le message d’Edem Kodjo réside dans ces quelques mots : «Afrique, unis-toi ! Ton économie chaotique n’est pas une fatalité ; ne regarde pas le passé colonial comme étant source unique de tes maux ; prends-toi en main».
Antoine Spire
Le Grand Témoin - Sophie Bessis
Sophie Bessis
Sophie Bessis, notre grand témoin, issue d’une famille de la grande bourgeoisie tunisienne, est journaliste, historienne et économiste. Pour elle, l’onde de choc provoquée par le soulèvement du peuple tunisien sera très importante. Elle aime à souligner le caractère démocratique des revendication tunisiennes et le fait qu’il n’y a eu aucun mot d’ordre religieux scandé par les manifestants. La population tunisienne aspire à la démocratie et à l’exercice de ses libertés fondamentales. Agrégée d’histoire, Sophie Bessis a été rédactrice en chef de Jeune Afrique et du Courrier de l’UNESCO. Elle est aujourd’hui directrice de recherche à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques de Paris et Secrétaire adjointe de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme. Elle a longtemps enseigné l’économie politique du développement à la Sorbonne et à l’Institut National des Langues et Civilisations orientales. Consultante pour l’UNESCO et l’UNICEF, elle a mené de nombreuses missions de recherche en Afrique. Avec Souhayr Belhassen, elle a écrit une biographie de Bourguiba aux éditions Jeune Afrique et Femmes du Maghreb, l’enjeu aux éditions Jean-Claude Lattès. Elles y dressent le portrait d’une région encore déchirée entre le mythe nostalgique de l’identité arabomusulmane et la chaotique aspiration à une modernité dont le peuple comme les élites peinent à dessiner les contours. Avec Dedans dehors publié aux éditions Elyzad (prix Senghor 2010), elle s’aventure à l’écriture d’elle-même. Elle se dit ballottée entre deux rives, entre passé et présent, entre engagement politique et vie personnelle. Elle s’affirme surtout attachée à «son pays de soleils clairs et de murs blancs», ce dedans qui seul lui offre le vrai repos. Retrouvant ses compagnons de jeunesse qui, comme elle, avaient fui la Tunisie il y a 20 ans, elle continue de croire au pouvoir des mots et à la nécessité de les écrire pour les libérer de la prison des mémoires. Avec une de ses amies, elle avait déjà recueilli les mots des femmes et ceux des oubliés du monde au coeur de l’Afrique subsaharienne de sa jeunesse. Elle ramassait les mots, ceux qui disaient la violence pour témoigner sur les opposants, le bagne en prison, la pauvreté et le dur travail. A travers ce récit pointe l’essayiste éclairée qui a su prendre toute la mesure de la Révolution de jasmin.
Antoine Spire
Le Président du Salon du Livre - Alain Mabanckou
Alain Mabanckou
Alain Mabanckou est le président de notre Salon du Livre. Il est né au Congo, à Pointe Noire. Il enseigne à l’UCLA, la prestigieuse université de Los Angeles, et publie en France de merveilleux souvenirs de son enfance congolaise. Ses premières lectures, ce sont les San Antonio défraîchis que son père adoptif collectait dans les poubelles des coopérants en qualité de gardien d’hôtel à Pointe Noire. Son plus récent livre publié Demain j’aurai vingt ans (éditions Gallimard) raconte l’histoire de Michel, un gosse d’une dizaine d’années à Pointe Noire dont le tonton René admire jusqu’au ridicule le camarade président Mairien Mgouabi, dit l’immortel. C’est le Congo de la fin des années 70 et ce gamin, curieux de tout, vit une existence tranquille avec sa mère, Pauline, et son père nourricier Roger, réceptionniste dans cet hôtel Victory Palace. Un jour il ramène le cadeau d’un client, une radiocassette qui permet à la famille d’écouter en boucle les chansons de Georges Brassens. Ce sera le premier choc esthétique de la vie de Michel dont on sent qu’un jour il sera écrivain. Cette histoire familiale d’inspiration autobiographique est le prétexte pour décrire la manière dont Alain Mabanckou a perçu au Congo la chute d’Amin Dada, la chute du Shah d’Iran ou la fameuse affaire des diamants de Giscard-Bokassa. Aujourd’hui, le petit Congolais est un écrivain de premier plan récompensé par le Prix Renaudot pour ses savoureux Mémoires du Porc-épic qui tient davantage de La Fontaine que du conte animalier. Il est traduit dans une douzaine de langues. Aux Etats-Unis ses élèves le qualifient de prof «cool». Il joue à se sentir chez lui, mais la France reste son pays d’adoption. Il faut lire Black Bazar (éditions du Seuil) des pages qui explosent d’humour et se découvrent à la fois nostalgiques et graves pour évoquer quelques pans d’une biographie du Fessologue, autre représentation de l’auteur. Celui qui devine des femmes en observant leur chute de reins est un homme désemparé qui a vu son épouse partir en Afrique au bras d’un cousin musicien... Bien des vérités émergent des échanges rapportées avec les différents personnages dont l’Arabe du coin. Vu par son frère africain du même coin, il est l’un des portraits les plus réussis de ce Bazar. Ce livre est le carnet de bord d’un écrivain au travail dont les angoisses et les interrogations emplissent la page blanche. Depuis Verres cassés, l’un de ses premiers livres, Alain Mabanckou c’est d’abord une écriture, un rythme de phrase, une musique jamais entendue. Mabanckou est bien le roi des formules savoureuses et des images qui font mouche.
Antoine Spire
Le Prix Vautrin-Lud 2011 - Antoine Bailly
Antoine Bailly
Professeur émérite à l’Université de Genève, Antoine Bailly est le lauréat du Prix International de Géographie Vautrin-Lud 2011. Citoyen helvétique, il a étudié et enseigné en Amérique du Nord, en France et en Suisse. Ses avancées scientifiques en géographie de la perception et du comportement, ses travaux sur l’analyse spatiale dans le domaine de la santé et du bien-être, sa contribution à la science régionale, à l’aménagement du territoire et à l’épistémologie ont contribué à asseoir sa notoriété dans la discipline. Il est l’auteur de plus de trois cents articles et de plus de 30 ouvrages. Tous témoignent d’une vie de chercheur intense et innovante, et de capacités à l’excellence. Il présida la section sciences humaines puis le Conseil de l’Université de Genève, et dans le domaine des Sciences régionales, trois associations internationales pour promouvoir le concept de «science universelle». Il est membre du comité éditorial d’un très large éventail de journaux scientifiques en France comme en Europe. De 1993 à 1999, il a présidé le comité scientifique du Festival International de Géographie de Saint-Dié-des-Vosges. Il a reçu de nombreux honneurs et récompenses, dont le titre de chevalier de l’Ordre National du Mérite et le Prix de l’Association des géographes américains (1993). Il a aussi reçu la Founder’s Medal, la plus haute distinction des sciences régionales en 2008. Humainement exemplaire, passionné de montagne et de bicyclette, fervent oenologue, Antoine Bailly constitue un modèle d’excellence pour la géographie.









